Journaux publiés au Saguenay-Lac-St-Jean pendant la période de 1879 à 1917, partie 1: avant-propos - alphabétisation

Ecrit par:Roch
Published on Janvier 8th, 2018 @ 01:52:00 pm , using 1400 mots, 379 vues
Posté dans Histoire

Avant-propos

Depuis plusieurs années sur ce blog, plusieurs mois sur la page Facebook "Au pays de Maria-Chapdelaine", je publie des articles contenant des extraits de journaux. Pour les lecteurs de ces articles, il pourrait s'avérer intéressant de connaître les tendances de ces différents journaux. Cela leur permettrait d'exercer un jugement critique sur les informations véhiculées par ceux-ci et, lorsque disponible, de valider celles-ci dans un journal concurrent de la même période.

Le 23 novembre dernier, je publiais un article présentant le journal "Le Rapatriement". L'on y retrouvait quelques informations sur sa fondation ainsi que son prospectus qui en décrivait ses orientations.

Cet article ayant suscité beaucoup d'intérêt sur la page Facebook  mentionnée ci-haut, j'ai décidé de poursuivre le travail entrepris depuis plusieurs mois en vue de la publication d'une série d'autres traitants sur les journaux du Saguenay-Lac-St-Jean, de 1879 jusqu'à 1917. 

Et c'est le but de cette série d'articles.

Pourquoi traiter seulement de la période "de 1879 jusqu'à 1917" ? Au cours de cette période, comme on pourra le voir plus bas, le taux d'alphabétisation subit une hausse extraordinaire. L'on vit également, et ce sera le sujet des articles qui suivront, une multitude de journaux naître, mourrir, aussitôt remplacés par d'autres.

Faut-il y voir une relation de cause à effet? Il est très difficile d'analyser rétrospectivement cet impact car le lien de casualité n'est pas évident à trouver après un siècle, quoique moins difficile que de résoudre le paradoxe de l'oeuf et de la poule: "Qu'est-ce qui est apparu en premier : l'oeuf ou la poule ? ". Dans le deuxième cas, au fil du texte, nous pourrons trouver quelques éléments de réponse.

Alphabétisation

Des journaux sont mis en circulation dans la population, mais l'on doit, à priori, se poser cette question: La population était-elle en mesure de les lire? Autrement dit, quel était le taux d'alphabétisation à cette époque.

L'on a été souvent sous l'impression que bien peu de personnes de cette époque étaient capables soit de lire ou d'écrire ou même des deux. Cette impression a été renforcée par les mentions "a déclaré ne pas savoir signer" présentes sur les actes de baptêmes trouvées au hasard de nos recherches généalogiques. Mais qu'en était-il vraiment?

Dans une série d'articles publiés sur ce blogue traitant du village de St-Amédée (de Péribonka), dans la partie 4, en analysant le recensement de 1911pour les personnes de plus de 7 ans, j'ai produit un tableau à partir de lequel l'on peut dériver le taux d'alphabétisation de ce village. 

Chez la population féminine, 79 % savent lire et écrire, 4 % ne savent que lire pour un total global de 83 % savant lire. Seulement 17 % ne savent ni lire ni écrire. Pour ce qui est de la population masculine, 74 % savent lire et écrire, 4% ne savent que lire pour un total global de 78 % savant lire. Seulement 22 % ne savent ni lire ni écrire.

Globalement, 76 % savent lire et écrire, 4 % ne savent que lire pour un total global de 80 % savant lire. Seulement 20 % ne savent ni lire ni écrire. Je trouve cela étonnant pour une région en voie de colonisation!

Dans d'autres tableaux, l'on peut remarquer la présence de 4 institutrices parmi la population. Également, il y eut 23 filles de moins de 15 ans ayant fréquenté l'école au cours de l'année 1911 de même que 34 garçons de moins de 13 ans l'ayant fréquenté pour la même période.

Ce constat est fait sur un très petit échantillon de population. Mais qu'en est-il sur un échantillon de population plus grand?

Dans un livre de Jean de Bonville paru en 1988 (Réf. 1), à la page 15, l'on y indique qu'en 1911 le taux d'analphabètes de la partie rurale du Saguenay s'élevait à plus de 20 %. Ce taux était de plus de 45 %  en 1891, ce qui démontre une grande amélioration du taux d'alphabétisation en 20 ans. À noter que ce taux de plus de 20% pour le Saguenay est pratiquement identique à celui que j'ai calculé pour St-Amédée en 1911.

Taux d'analphabétisme partie rurale (Réf. 1, page 15)

Taux d'anaphabétisme partie urbaine (Réf. 1, page 16)

Le taux d'analphabètes de la partie urbaine du Saguenay a régressé de 29,4 % qu'il était en 1891 à 14,5 % en1911 et ce, pour une amélioration de 50 %.

Dans un livre publié en 1996 sous la direction de Serge Courville (Réf. 2), contrairement aux deux tableaux précédents qui utilisent les "Recensements du Canada" comme source de données, un nouvel indicateur, PMP (Pourcentage de Mentions Positives), est utilisé afin de produire un tableau d'alphabétisation.  Voici la description de ce nouvel indicateur tel qu'un peut lire à la page 78: 

Cet indicateur est le produit de l'Institut interuniversitaire de recherche sur les populations - Fichier BALSAC - UQAC, (Réf: 3).  C'est grâce à la vision de notre historien-sociologue régional M. Gérard Bouchard, dont j'admire la clarté du discours et la finesse de la plume, que ce fichier est né. Sa contribution a été soulignée lors d'un colloque qui s'est déroulé en septembre 2017 (Réf.: 4). L'utilisation d'un éventail de données plus grand est beaucoup plus représentatif du taux réel d'alphabétisation de la population.

Le taux d'alphabétisation est présenté selon le profil social de la population et inclut autant la population urbaine que rurale. Voici le tableau 5 que l'on retrouve à la page 79 du livre (Réf. 2). (A noter que j'ai modifié le tableau afin de représenter seulement les taux des deux sous-périodes soit 1842-1881 et 1882-1911)

  

Un constat étonnant se dégage de ce tableau. Le taux alphabétisation calculé à partir des Recensements du Canada qui était d'environ 80% passe à 53,3% pour la partie urbaine et à 46,4% pour la partie rurale! L'énorme différence pourrait situer quant au moyen utilisé lors de la récolte des données. Lors des recensements de cette période, l'énumérateur demande aux recensés s'ils sont en mesure de lire et d'écrire, ce qui n'est pas un moyen objectif de collecte. Dans le cas du fichier BALSAC, cette facilité est mesurée à la lecture de divers documents tel qu'indiqué plus haut, ce qui en fait une mesure beaucoup plus objective et fiable.

Cette mesure se terminant avec la sous-période 1882-1911, par curiosité, j'ai voulu la prolonger jusqu'en 1971. Voici le tableau 5 modifié tel que ci-haut pour présenter les deux sous-périodes subséquentes. 

Le taux d'alphabétisation à grandement progressé de 1911 à 1941 passant de 53,3% à 87,1% pour la partie urbaine et de 46,4% à 85,0% pour la partie rurale. Le graphique suivant que l'on retrouve à la page 78 (Réf. 3) nous en montre l'évolution décennale qui a été très accentuée au début de cette période.

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De par ces tableaux, l'on est en mesure de dire qu'en 1911, environ 50% de la population régionale était alphabétisée et était donc en mesure de lire les journaux.

L'on peut remarquer que dans le graphique précédent, le taux subit une croissance modérée, quoique non constante, de 1881 à 1901, mais qu'à partir de 1911, le taux d'alphabétisation est en très forte croissance. Également, le taux du Lac-St-Jean est en plus forte croissance que sur le reste du territoire. Quelle pourrait en être l'explication? Serge Courville (Réf. 2, page 78) n'énumère pas de causes déterminantes. 

Il serait étonnant qu'une seule cause ait eu cet effet. J'ose avancer quelques hypothèses. Au début du siècle l'on vit arriver au Lac-St-Jean une quantité assez grande d'immigrants. Quel était leur niveau de scolarité? Plusieurs de ceux-ci étaient issus d'Europe, possiblement bien scolarisés. L'impact de cette immigration sur une population locale relativement modeste quantitativement a pu avoir un effet assez grand en termes de pourcentage d'alphabétisation.

En 1903, l'on vit arriver la communauté des Frères Ouvriers de Saint-François-Régis et, outre leur besoin premier de s'établir, ils se préoccupèrent de l'orphelinat à venir. Ce n'est que le 18 avril 1904 qu'un premier orphelin, Louis Bernier, est accepté (réf. 5 page 19). Il sera suivi par plusieurs autres. Sont aussi accueillis, pour une modeste contribution, d'autres enfants dont les parents désirent qu'ils reçoivent une bonne éducation. Tous ceux-ci reçoivent une éducation jusqu'à la troisième année. Après l'âge de 13 ans jusqu'à leur sortie à 18 ans, ils sont initiés au dessin linéaire, au lever des plans et cartes, à l'arpentage, à la comptabilité agricole, à la rédaction de contrats usuels, rapports et monographies. Ces apprentissages sont complétés par des leçons de physique, chimie, botanique, histoire naturelle, économie rurale, politique, français, religion, mathématique, anglais, histoire générale, géographie, littérature, théâtre, chant et fanfare (réf. 5 page 24)

À l'âge de 18 ans, ces personnes biens scolarisées s'intègrent à la population active. Ils ont également des besoins à combler, notamment poursuivre leur acquisition de connaissances.

Les journaux sont-ils en mesure de combler ces besoins?

Ceci termine la première partie de cette série. La prochaine consistera en une présentation générale du dossier.

À suivre...

Réf. 1: La presse québécoise de 1884 à nos 1914: genèse d'un média de masse.

Réf: 2: Atlas Historique du Québec - Population et territoire

Réf: 3: Institut interuniversitaire de recherche sur les populations - Fichier BALSAC - UQAC

Réf. 4: Fichier BALSAC: Gérard Bouchard a marqué son époque

Réf. 5: L'oeuvre des Frères Ouvriers de Saint-François-Régis à Vauvert au Lac-Saint-Jean 1903 à 1938, Les Éditions Déclic enr.

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