Baptesme de deux Anglois

Ecrit par:Roch
Published on Mars 23rd, 2012 @ 11:18:20 am , using 1573 mots, 437 vues
Posté dans Histoire

Baptême de deux anglois

Lors de mes recherches en vue de la rédaction de l'article "Ascendants directs Sylvain", je suis tombé par hasard sur cet acte de baptême:

En voici le contenu car il est assez difficile de lecture:

 

Baptesme

de deux

Anglois dont

Lun a este

nommé

Jean-Baptiste

Lautre Louis

 

 

Lan mil sept cents Le Dixieme Davril veille de

pasques apres la benediction des fons furent baptizes

par moy soussigné faisant les fonctions curiales

Dans Léglise De sainte Anne Du petit cap cotte de

Beaupré Deux anglois des environs de baston pris

par les scauvages de Lacadie Et vendus Lun

a Jean baret Et lautre a Estienne vaux tous Deux

habitans de cette paroisse De sainte Anne apres avoir instruits

ces Deux Jeunes garçons de la Doctrine chrestienne selon

L Eglise chatolique, apostolique Et romaine apres

avoir esprouvé depuis plus de Deux ans le Desir quils

ont de professer La religion Catholique Apostolique Et

romaine Les ayant trouve suffisammant instruits,

Les ayant encore trouve fort soumis a notre mere la

sainte Esglise Et Dans in grand Desir Du Bastesme

ne pouvant trouver aucune assurance quils essent etre

baptizes apres plusieurs Diligantes recherches et plusieurs

interrogations faites aux Deux cathecumenes J'enay

parlay a Monseigneur de quebec qui a Juge a propos

De les baptizer sous condition Et par son ordre

Je les ay baptizé sous condition Le Dit samedy saint dans

La Dite Esglise De sainte Anne Langlois qui demeure

chez Jean baret est aagé D'environ Dix sept ans et il y

a environ trois ans quil a este enleve de son pai il a este

nomme au baptesme Jean baptiste son parain a

este Jean baret son maitre, sa maraine Marguerite

cloutier fame De Robert Caron lautre Angois qui

Demeure chez Estienne veaux est aagé Denviron

quinze ou seize ans il y a environ sept ans quil

a este pris par les scauvages il a este nommé Louis

Le parain a este Estienne vaux son maitre sa maraine

Rosalie simar fame de Jean caron tous

habitans De la Ditte paroisse tous les quels ont declare ne

scavoir signer de ce --- - ----- selon lorDonance

 

L'on apprend par cet acte que les deux anglais ont été pris près de Boston, l'un en 1693 et l'autre en 1697.  Cela nous ramène aux guerres que se livraient la Nouvelle-France et la Nouvelle-Angleterre respectivement et ou les populations civiles en faisaient les frais. Ce livre nous en décrit les péripéties, de la page 147 à 212. En fin de compte, les Iroquois demandèrent  la fin des hostilités et cela résultat en ce que l'on a appelé la "Grande paix de Montréal (1701)".Voir à ce sujet ce site internet. Ces séries de raids dans les agglomérations des deux côtés de la frontière résultaient généralement en la prise de prisonniers qui, à moins d'être rachetés, étaient soumis aux pires tortures inimaginables avant de succomber dans d'atroces tourments. Ce site internet, vers la fin de la page, nous décrit très bien les moeurs des Amérindiens à ce sujet. A titre d'exemple, voici ce qui arriva à Louis Guimont, ancêtre de tous les Guimont - Guimond d'Amérique et premier miraculé de Ste-Anne-de-Beaupré, qui fut pris par les Iroquois le 18 juin 1661 avec 14 autres habitants et amené en territoire Amérindien au Lac Champlain: extrait des Relations des Jésuites en l'année 1661, page 35: "Lettre d'vn François captif chez les Agnieronnons, à vn sien Amy, des Trois-Rivières ..... Gonnoissez-vous Louys Guimont, pris cet Esté ? Il a esté assommé de coups de bastons et de verges de fer ; on luy en a tant et tant donné, qu'il est mort sous les coups ; mais cependant, il ne faisoit que prier Dieu, tellement que les ïroquois enragez de le voir tousiours remuer les léures pour plier, luy coupèrent toutes les léures hautes et basses. Que cela est horrible à voir ! et neantmoins il ne laissoit pas encore de prier ; ce qui dépita tellement les ïroquois, qu'ils luy arrachereut le coeur de la poitrine, encore tout viuant, et luy iellerent au visage".

L'on apprend également que ces deux anglais ont été "vendus", l'un à Jean Baret et l'autre à Estienne Veaux. Il faut se rapeller que cet Estienne est mon ancêtre "Sylvain" à la 8 ième génération tel que l'on a vu dans mon blogue précédent.. C'était pratique commune du coté de la Nouvelle-France de racheter les captifs ramenés de la Nouvelle-Angleterre. Le statut de ces "rachetés" au sein de la société n'est pas totalement clair. L'acte de baptême nous mentionne "son maître". Il est difficile de saisir ce que l'on veut entendre par cela. L'on sait que les cas "d'esclavage" ont été très restreints dans la colonie. Ils se seraient limités à quelques indiens et quelques noirs.

Un autre point obscur est ce qui est arrivé à ces deux nouveaux baptisés.  L'on ne mentionne pas dans le registre quel fut le nom de famille adopté après le baptême, seulement leurs prénoms soit Jean-Baptiste et Louis. Ont-ils pris le nom de celui qui l'a racheté?  Je n'ai pas retrouvé dans les registres ultérieurs aucune trace de ces deux personnes.

Du coté de la Nouvelle-Angleterre, les captifs n'étaient généralement pas rachetés. Les relations des Jésuites nous renseignent très bien sur ce sujet.  Voici un extrait tiré du volume 5, texte original.

Relation de la Nouuelle-France, en l'année 1632.

Mais finissons le discours de ces Hiroquois : on fit parler au Capitaine Anglois s'il en vouloit quelques-vns ; comme il entendit qu'il falloit faire quelque présent, il respondit que non, et qu'ils en fissent ce qu'ils voudi oient. Yoicy donc comme ils les traitterent.

Ils leur auoient arraché les ongles auec les dents si tost qu'ils furent pris. Ils leur coupèrent les doigts le iour de leur supplice, puis leur lièrent les deux bras ensemble par le poignet de la main auec vn cordeau, et deux hommes de part et d'autre le tiroient tant qu'ils pouuoient, ce cordeau entroit dans la chair et brisoit les os de ces panures misérables, qui crioient horriblement. Àyans les mains ainsi accommodées, on les attacha à des potteaux, et les filles et les femmes donnoient des présents aux hommes à fin qu'ils les laissent tourmenter à leur gré ces pauures victimes, le n'assistay point à ce supplice, ie n'aurois peusupporter ceste cruauté diabolique : mais ceux qui estoient presens me dirent, si tost que nous fusmes arriuez, qu'ils n'anoienl iamais veu rien de semblable. Yous eussiez veu ces femmes enragées, crians, hurlans, leur appliquer des feux aux parties les plus sensibles et les plus vergogneuses, les piquer auec des aleines, les mordre à belles dents, comme des furies, leur fendre la chair auec des cousteaux : bref exercer tout ce que la rage peut suggérer à vne femme. Elles iettoient sur eux du feu, des cendres bruslantes, du sable tout ardent, et quand les suppliciez iettoient quelques cris tous les autres crioient encor plus fort, afin qu'on n'entendist point leurs gémissements et qu'on ne fust touché de compassion. On leur couppa le haut du front auec vn cousteau, puis enleua la peau de la teste, et ietta-on du sable ardent sur la teste decouuerte. Maintenant il y a des Sauuages qui portent ces peaux couuertes de leurs cheueux et moustaches par brauade ; on void encor pins de deux cents coups d'aleines dans ces peaux : bref ils exercent sur eux toutes les cruautez que i'ay dit cy dessus parlant de ce que i'auois veu à Tadoussac, et plusieurs autres, dont ie ne me sou-uiens pas maintenant. Quand on leur représente que ces cruautez sont horribles et indignes d'vn homme, ils répondent : Tu n'as point de courage de laisser viure tes ennemis ; quand les Hiroquois nous prennent, ils nous en font encor pis : voila pourquoy nous les traittons le plus mal qu'il nous est possible. Ils firent mourir vn Sagamo Hiroquois, homme puissant et courageux ; il chantoit dans ses tourmens. Quand on luy vinl dire qu'il falloit mourir, il dit,  comme tout ioyeux : Allons, i'en suis content, i'ay pris quantité de Montagnards, mes amis en prendront encor, et vengeront bien ma mort. Là dessus il si 1 met à raconter ses prouesses, et dire adieu à ses parents, ses amis, et aux alliez de sa nation, au Capitaine Flamand qui va traicter des peaux au pais des lliroquois par la mer du Nord. Apres qu'on luy eut eouppé les doigts, brisé les os des bras, arraehé la peau de la teste, qu'on l'eut rosly et bruslé de tous costez, on le détacha, et ce panure misérable s'en courut droit à la riuiere, qui n'estoit pas loin de là, pour se rafraischir: ils le reprirent, luy tirent encor endurer le feu vne autre fois ; il estoit tout noir, tout grillé, la graisse fondoit et sortoit de son corps, et auec tout cela il s'enfuit encor pour la seconde fois, et l'ayant repris, ils le brûlèrent pour la troisiesme ; en fin il mourut dans ces tourmens. Comme ils le voyoient tomber, ils luy ouurirent la poitrine, luy arrachant le c?ur, et le donnant à manger à leurs petits enfans, le reste estoit pour eux. Voila vne estrange barbarie. Maintenant ces pauures misérables sont en crainte, car les Hiroquois sont tous les iours aux aguets pour surprendre les Montagnards, et leur en faire autant.

Vous pouvez également prendre connaissance de cette traduction du volume V ou du document intégral ici.

L'on peut aussi consulter les Relations des Jésuites pour l'année 1637 dans sa version originale aux pages 22 à 55 ou dans une réédition plus lisible. Ces pages décrivent les "Excessives cruautés des hommes et les grandes miséricordes de Dieu sur la personne d'un prisonnier de guerre, Iroquois de Nation". Texte assez corsé, âmes sensibles s'en abstenir.

Jean-Roch St-Gelais.

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